Foucauld Hénin a 26 ans. Il occupe un poste de Chef de Projet SEO au sein d’une agence de référencement parisienne, et semble y avoir trouvé sa place. Du haut de ses quelques années d’expérience, Foucauld déjoue l’un des clichés majeurs qui colle à la peau des Millenials : l’idée selon laquelle les Millenials serait une catégorie de collaborateurs à part, aussi ambitieuse qu’insaisissable, peinant à investir un poste sur le long terme, papillonnant au gré des opportunités qui se présentent. En donnant la parole à Foucauld, Les Nouveaux Héritiers tente, au travers de ce troisième article consacré aux Millenials, de décrypter toujours davantage cette génération qui n’a pas fini de faire couler de l’encre, et continue d’intriguer recruteurs, managers, et dirigeants d’entreprise. 

Parcours professionnel, attentes, vision du travail, aspirations futures : voici ses propos qui, à défaut de pouvoir parler pour une génération entière, nous livrent un aperçu de ce qui se trame dans la tête d’un Millenial, tout juste entré dans la vie active. 

Pouvez-vous brièvement vous présenter, nous en dire plus sur votre parcours et sur le poste que vous occupez aujourd’hui ?

Cela fait maintenant trois ans que je suis Chef de Projet SEO. Avant de rejoindre Starperf, j’ai suivi un cursus de quatre ans en école de commerce, au cours duquel j’ai eu l’occasion de réaliser plusieurs stages, principalement dans le secteur du marketing digital. À la suite de cela, j’ai effectué un MBA spécialisé dans le digital. Ainsi, à l’issue d’à peu près deux années de stages cumulés, j’ai fait le choix de m’orienter vers le référencement (SEO/SEA), soit l’acquisition naturelle et payante de trafic. C’est donc ce qui m’a amené à rejoindre Startperf !

Mon métier se structure autour de trois composantes :  l'expertise, via la réalisation de recommandations adressées aux prospects et à nos clients, la relation client au quotidien, et la gestion d’équipe (organisation des ressources en interne suivant les projets en cours, management d’équipe). Mes fonctions n’ont pas toujours été celles-ci : elles ont évolué au fil du temps. Lorsque je suis arrivé, nous étions trois dans l’entreprise, avec le fondateur. Aujourd’hui… Nous sommes une quinzaine ! Mon poste a beaucoup évolué et l’étendue de mes missions sont la conséquence directe de la croissance qu’a connu l’entreprise ces trois dernières années.

L’idée selon laquelle les millenials changent constamment d’emploi est très répandue. Pourtant, en tant que millenial, vous représentez un parfait contre-exemple de la génération Y. D’après vous, cette idée colle-t-elle à la réalité du marché de l’emploi ?

Je suis en phase avec cette idée. Effectivement, cela fait trois ans que je suis en poste au sein de la même entreprise, mais cela ne m’empêche pas de me revendiquer comme faisant partie intégrante de cette catégorie de personnes qui changent facilement et rapidement d’emploi. Aujourd’hui, je suis très heureux au sein de Startperf, mais je m’autorise tout à fait à changer de poste demain si une opportunité incroyable se présentait. Comme la majorité de mes amis du même âge, je ne me vois clairement pas rester 30 ans au sein de la même entreprise, ce qui auparavant était plutôt monnaie courante.

Comme beaucoup, j’ai en tête le parcours professionnel de mes parents, qui ont exercé au sein de la même entreprise durant la majeure partie de leur vie. Pour autant, je crois que nous sommes relativement nombreux à ne pas vouloir suivre cette voie. Je crois que l’on craint principalement l’inertie, que c’est cela qui nous donne l’envie de nous tourner vers un autre modèle. C’est en tous cas ce qui m’a poussé à m’orienter vers une petite entreprise au potentiel de croissance important, afin de privilégier l’agilité, le fait d’évoluer rapidement… Et sortir grandi de cette expérience, en ayant appris une multitude de choses.

Quelles sont les tendances que vous observez  au sein de votre entourage ?

Ce qui me trouble, c’est justement de constater qu’aujourd’hui, la plupart des personnes avec qui j’ai étudié dans le milieu du digital sont arrivés à la fin d'un cycle et quittent l’entreprise dans laquelle ils exerçaient jusqu’à présent, après deux, trois ans passés en poste.

Plus préoccupant encore : beaucoup sont déçus. Ils ont intégré des entreprises qui les faisaient pourtant rêver, ils étaient très motivés. En fin de compte, pour beaucoup, cette première expérience professionnelle a eu l’effet d’un coup de massue et a provoqué une vraie prise de conscience. Nombre de personnes changent de vocation et retournent à leurs passions du début. C’est notamment le cas de l’un de mes amis. Après avoir exercé dans un fonds d’investissement pour des startups, il a tout plaqué. Quand bien même il jouissait d’une situation confortable et exerçait un métier stimulant ! Il s’est tourné vers le monde du cyclisme qui le passionne depuis toujours et travaille désormais au sein d’une entreprise de confection de vélo. Financièrement, sa situation n’est plus aussi avantageuse, mais il a la possibilité de travailler d’où il veut, il est passionné par ce qu’il fait, heureux de pouvoir - d’une certaine manière - vivre de sa passion.

Son cas est loin d’être isolé, et il me semble que c’est assez révélateur. J’ai le sentiment que notre génération se lasse peut-être plus vite, ou en tous cas éprouve moins de peur à changer de poste, voire de vocation. Peut-être aussi parce que l’on trouve assez facilement du travail – dans le secteur du digital –, que le salariat n’est plus la seule voie à emprunter avec la montée du travail en freelance… Et que postuler à une offre se fait en quelques clics, via LinkedIn notamment ! Je crois que ce sont, entre autres, l’ensemble de ces facteurs qui nous donnent envie de saisir davantage d’opportunités, de tenter de nouvelles choses.

Pour beaucoup des personnes qui m’entourent, il y aussi une vraie rupture quant au sens qu’ils donnent à leur travail. Et une approche différente quant à la manière d’acquérir une certaine expertise : il y a, je crois, une vraie volonté d’apprendre  et de travailler différemment, de sortir du cadre standard de l’entreprise, de construire en tenant compte de son parcours de vie dans sa globalité.

La génération Y est peut-être davantage dans l’introspection, porte un autre regard sur sa vie professionnelle : « suis-je vraiment heureux ? », « Est-ce que ce que je fais correspond à mes valeurs ? », « Est-ce que c'est en adéquation avec ce que je suis ? » sont autant de questions qui pèsent dans la balance. Le choix d’un métier dépasse finalement la sphère professionnelle, il y a une certaine porosité entre travail et vie privée, des répercussions directes entre choix de vie et ambition professionnelle.

Face à ce nouveau de regard porté sur le travail, une vision que vous semblez partager, vous pourriez être guidé par ce même désir de changement, de rupture. Et pourtant, vous restez. Pourquoi ?

Dans mon cas, trois éléments majeurs conditionnent mon épanouissement, et j’ai la chance de pouvoir les retrouver au sein de Startperf. Si certains mettent la priorité sur l’exercice d’un métier passion, la mienne est de pouvoir travailler avec des personnes que j’apprécie, dans un état d’esprit tant amical, familial que professionnel. Il s’agit pour moi d’un moteur essentiel, et je trouve aujourd’hui pleine satisfaction au sein de Startperf. J'y ai rencontré des gens vraiment top, en qui j'ai confiance, qui me font confiance aussi, j'ai envie de progresser avec eux, de les faire progresser.
Par ailleurs, j’accorde beaucoup d’importance au fait de participer à l’évolution de l’entreprise au sein de laquelle je travaille. Et, d’une certaine manière, nous sommes au cœur du réacteur : on fait avancer le projet, on a beaucoup d'impact. Sentir que ce que l’on fait a de l’impact sur l’activité, sur l’entreprise… C’est assez grisant !

Enfin, j’ai pu développer un nouveau projet de vie tout en conservant mon actuel poste, peu ont cette chance.

À un moment donné, j’ai réalisé que Paris n’était pas une ville qui me convenait, que je ne parviendrais pas à y être heureux. J’ai tenu, jusqu’à ce que je me rende compte que la balance n’était plus équilibrée : le besoin de quitter Paris s’imposait. Prêt à tout, j’ai échangé avec Emmanuel Benmussa, le fondateur de Startperf. Je lui ai clairement exposé la situation, lui ai fait part de ma décision de quitter Paris, et, du même coup de quitter l’entreprise, à regret. Finalement, notre discussion a pris une tournure inattendue, et j’ai pu conserver mon poste… Tout en déménageant à Lyon. Il a été convenu que je vienne deux jours par semaine à Paris et nous avons acté cela à une période où le télétravail n’était pas du tout une évidence. Aujourd’hui, cela fonctionne plutôt pas mal et j’ai atteint un état d’équilibre, de plénitude qui me convient :  je suis à la fois très heureux de continuer à occuper mon poste, et très heureux d'avoir mis mes projets de vie à exécution. Je trouve cela fantastique d’avoir eu cette opportunité de voir mon poste s’ajuster, évoluer suivant mes projets. C’est une grande force de la part de Starperf que de faire évoluer un poste suivant les besoins de la personne qui l’occupe.

Le poste que vous occupez est votre premier emploi. Désormais entré dans la vie active depuis près de trois, quelle est votre vision du travail ? Quels sont vos attentes ?

J’y ai beaucoup réfléchi récemment, et cela m’a replongé dans la période où j’étais à l’école, où je faisais mes études. Ces moments ont été pour moi une vraie torture. Je détestais l’école, je crois que le cadre m’oppressait beaucoup. Ma vision du travail a beaucoup évolué ces trois dernières années. Auparavant, il était plutôt source de stress. Comme beaucoup de personnes, la perspective du premier emploi était effrayante. Je craignais d’avoir fait toutes ces études pour finalement exercer un métier que je n’aimerais pas, je doutais beaucoup. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus serein, même lorsque je pense à la potentielle perte de mon emploi. Je serai peut-être au chômage, contraint de changer de voie, mais cela ne m’inquiète plus : je m’en sens capable.

Le travail, mon entrée dans la vie active m’a permis d’accéder à une forme de liberté : celle de de pouvoir apprendre des choses que je choisis d’apprendre, d’organiser mon temps, de gérer ma journée de travail, d’avoir un premier salaire, de quitter le cocon familial. Je ne fais pas de grande distinction entre vie privée et travail : le tout nécessite que l’on s’y sente bien. Pour la première fois, j'ai eu le sentiment d'être moteur de ma vie. J'ai eu la chance de choisir mon travail, d’occuper un poste que j'aime. Pour moi, le travail contribue pleinement à mon équilibre et me procure un sentiment de liberté.

Quant à mes attentes, outre celles évoquées précédemment et qui sont aujourd’hui comblées, je crois que j’aimerais pouvoir donner davantage de sens à ce que je fais. C’est peut-être ce qui me manque aujourd’hui.

Cette notion de sens est relativement équivoque. Pour mon ami dont je parlais précédemment, donner du sens à son travail s’apparente au fait d’être aligné avec lui-même, en adéquation avec ce qu’il aime. Travailler pour une entreprise de vélos, cela a du sens pour lui, car il s’agit de sa passion.

Pour ma part, j’envisage la question du sens autrement : cela s’apparente à faire quelque chose qui est utile pour les autres de manière directe, qui a une valeur ajoutée que je contribue à créer, à générer. Cette notion d’utilité est très large. Cela peut notamment passer par le fait de participer à la création ou à la diffusion d’un produit, d’un service qui facilite la vie des gens, dont l’impact positif est clairement identifié, concret.

Pensez-vous que votre vision, vos attentes, soient propres à votre génération ?

Loin de moi l’idée de me faire le porte-parole de toute une génération… Je crois qu’il est très complexe de répondre à cette question ! La vision que l’on se fait du travail et des attentes qui en découlent sont propres à chacun. Elles peuvent émaner de la génération dont on est issu.e, du contexte dans lequel on a grandi, été éduqué.e… De multiples facteurs rentrent en ligne de compte !

Le seul point qui à mon avis pourrait être propre aux millenials, c’est peut-être le besoin d’immédiateté. Outre le fait que les nouvelles technologies semblent avoir accéléré la cadence de nos vies, facilité la mobilité, diversifié les modes de communication, elles nous ont permis de disposer de nouveaux outils pour apprendre de manière autonome, gratuite, et rapide… et ouvrent ainsi le champ des possibles. En parallèle, l’omniprésence des réseaux sociaux dans nos vies jouent un rôle crucial dans notre rapport au temps et à la réussite. Aujourd’hui, si l’on prête attention à toutes les success stories qui y circulent, on peut vite avoir l’impression que tout le monde peut devenir, au choix, une star planétaire… ou l’équivalent d’un Steve Jobs. Ce besoin de se calquer sur un modèle de réussite immédiate et grandiose peut être complexe à appréhender. Pour s’en extirper, il faut parvenir à cadrer son ambition dans le temps, être patient, faire preuve de recul… Ce qui n’est pas toujours évident. D’où, peut-être, ce besoin de papillonner, de changer, pour viser toujours plus haut ?

Pour le reste, l’approche que je partage ici est finalement très personnelle. Elle est le fruit de mon vécu, de mon ressenti. S’il est fort probable que mon entourage proche soit en accord avec celle-ci, cela est lié au fait que nous avons beaucoup de points communs outre l’âge. Nous avons, pour la majeure partie des personnes auxquelles je pense, grandi dans un milieu plutôt aisé où l’on n’a manqué de rien. Nous avons fait des études, bénéficié du soutien indéfectible de nos parents et avons eu l’opportunité de nous dire que tout était possible. Dans ce contexte, il est ainsi plus aisé d’envisager le travail comme une forme de liberté, de ne pas être angoissé à l’idée de changer de voie, voire d’être particulièrement enclin au changement, etc. Si la vision que je défends est partagée… Elle l’est probablement, en somme, par une infime partie de la génération Y !

Quand bien même aucun millenial ne se ressemble, auriez-vous un conseil, un message à partager avec les recruteurs, les managers ou les dirigeants d’entreprises qui les côtoient ?

Effectivement, mais cela n’implique que moi, mais cela fera peut-être écho à d’autres, millenials ou non, qui sait ! Que l’on soit recruteur, manager ou dirigeant, je crois que rencontrer les personnes qui se cachent derrière les Talents ou ses collaborateurs est fondamental.  Pouvoir échanger sur leurs postes, leurs aspirations et leurs projets au-delà de la sphère professionnelle permet d’établir une vraie confiance. Je crois que le climat de confiance, tout comme la capacité de l’entreprise à être – dans la mesure du possible – flexible dans le temps avec ses collaborateurs, voire prête à redessiner les contours d’un poste pour répondre aux besoins de ses collaborateurs, sont la garantie d’une relation qui dure.